17/05/2026

Taiwan Today

Taiwan aujourd'hui

Une activité pas toujours aisée

01/10/2006

>> Ces dernières années, les maisons d’hôtes ont poussé comme des champignons dans la campagne taiwanaise, mais toutes n’enregistrent pas la même affluence

Lorsque vous voyagez, êtes-vous plutôt hôtel ou chambre d'hôtes ? Beaucoup préfèrent la seconde option parce qu'ils recherchent une ambiance spéciale. Ils désirent quelque chose de plus familial, profond ou authentique — ce que leur garantit le logement chez l'habitant.

Les propriétaires de chambres d'hôtes s'efforcent en général d'offrir le meilleur service possible, même si accueillir chez eux est rarement une activité principale. S'ils ont des clients, c'est tant mieux ; s'ils n'en ont pas, cela ne devrait pas changer grand chose à leur vie. L'essentiel entre l'hôte et le visiteur, c'est qu'il existe un respect mutuel.

A la fin 2001, l'office du Tourisme a mis en place toute une réglementation concernant ce secteur. Il est stipulé notamment que le gîte rural ne doit pas être une activité principale. Le propriétaire du gîte doit travailler dans l'agriculture, la pêche, la forêt ou l'élevage et être normalement intégré à son environnement cuturel et naturel. Les chambres qu'il met à disposition des visiteurs doivent être les siennes, dans sa propre demeure. Authenticité assurée !

Les problèmes commencent cependant pour le propriétaire lorsque celui-ci voit trop grand, qu'il se positionne sur un secteur à mi-chemin entre le gîte et l'hôtel ou que cette activité, qui était secondaire, devient essentielle.

Licence ou pas ?
Les gîtes sont donc des logements individuels ou des chambres à louer pour une brève période. Pour cette raison, ils doivent répondre à une législation particulière, afin de protéger l'environnement de l'établissement mais aussi de garantir un minimum de qualité du service.

En Europe, où la tradition est bien développée, les chambres d'hôtes sont soumises à des réglementations qui ne sont pas moins strictes que pour les hôtels. Les fameux bed & breakfast britanniques font l'objet d'un classement officiel, sont soumis à une licence, et leurs propriétaires reçoivent une formation du gouvernement. En Allemagne et en France, les gîtes sont aussi classés en fonction de leur confort et de leur qualité de service.

A Taiwan, les pouvoirs publics sont très occupés à faire la chasse aux hôtels enregistrés comme gîtes ruraux, afin de bénéficier d'avantages fiscaux notamment. Ce genre d'abus met à mal le système. C'est pourquoi les conditions et les normes sanitaires, anti-incendies ou de sécurité publique qui sont exigées pour obtenir ce statut sont très strictes. Tout aussi important, la taille même du gîte est limitée.

L'article 2 de la charte nationale stipule qu'il ne faut pas disposer de plus de 5 chambres et que les surfaces réservées à l'hébergement ne doivent pas dépasser 150 m2 . Ces limites passent à 15 chambres et 200 m2 pour les gîtes situés en terres aborigènes, dans des régions reculées ou les petites îles, ainsi que sur des terres à usage agricole.

Lorsque ces règles ont été mises en place, les propriétaires dont les logements étaient conformes se sont précipités pour s'enregistrer auprès des autorités. Les autres sont entrés dans l'illégalité. Pour ces derniers, des amendes de 30 000 à 150 000 dollars taiwanais ont été prévues, mais elles ne suffisent pas à empêcher les fraudes. Lorsque le marché immobilier s'est mal porté, des promoteurs n'ont pas hésité à transformer en « gîtes » des programmes qui avaient peu de succès à la vente. Les inspecteurs chargés des contrôles ne sont pas assez nombreux, et les administrations locales dont ils dépendent sont souvent obligées de fermer les yeux.

Destination Chingching
La Ferme de loisir de Chingching, dans le district de Nantou, est une destination prisée. Cependant, une quarantaine de gîtes parmi la centaine autour de ce centre ne sont pas déclarés comme tels. En plus, remarque un responsable des services de tourisme du district, les constructions sont bien souvent illégales.

Cela est d'autant plus abusif que la région se trouve largement située sur des terres aborigènes ou des domaines forestiers répondant à une législation stricte. Vu que la taille de certains de ces gîtes dépasse largement les normes autorisées, la question de l'impact sur l'environnement se pose avec acuité. En outre, la multiplication de ces chambres d'hôtes incitent les touristes à venir toujours en plus grand nombre, et plus ils viennent, plus les pollutions de toutes sortes augmentent. C'est ainsi que si l'eau de la commune a fait l'objet de mesures de conservation particulières, seule une infime minorité des gîtes sont équipés de systèmes de retraitement des eaux usées.

Il faut ajouter à ces nuisances celle du réseau routier qui a été étendu, au point que la route mesure presque 8 m de large par endroit, ce qui ne l'empêche pas d'être dangereuse et en proie aux embouteillages lors des périodes de vacances.

Il est également plus difficile aujourd'hui d'obtenir des permis de construire dans les régions touristiques de Luku, dans le district de Nantou, et de Chinkuashih, non loin de Taipei. Mais le succès de ces destinations fait que les gîtes illégaux y abondent.

En semaine
Et puis, ce ne sont pas seulement les gîtes illégaux qui abusent de la situation. Les autres aussi, qui s'agrandissent rapidement hors des normes dès qu'ils ont obtenu leur licence officielle. Une situation due au nombre croissant de Taiwanais qui choisissent de partir à la découverte de l'île.

UNE ACTIVITÉ PAS TOUJOURS AISÉE

Les gîtes ruraux qui affichent complet pendant le week-end ont parfois des difficultés à tourner en semaine. ( JIMMY LIN / TAIWAN PANORAMA)

Selon l'office du Tourisme, 60% des insulaires aiment partir au moment du week-end, un phénomème que les pouvoirs publics ne sont pas parvenus à enrayer. Ils ont mis en place il y a environ trois ans un programme national de cartes de crédit permettant aux quelque 540 000 fonctionnaires, militaires et enseignants qui en bénéficient d'obtenir des allocations de voyage à condition que le déplacement soit effectué hors week-end et jours fériés. Rien n'y a fait, malgré ce genre d'incitation, les Taiwanais ne voyagent pas davantage durant les jours de semaine.

Du coup, du lundi au vendredi, la plupart des gîtes sont vides alors que, les samedis et dimanches, ils affichent complets. D'où la volonté des propriétaires de s'agrandir, même illégalement, pour augmenter leur capacité d'accueil le week-end et compenser un trop faible taux d'occupation en semaine.

« Je conseille pourtant à nos membres de ne pas se précipiter en ce qui concerne l'agrandissement », indique Shen Fang-lien [沈芳蓮], à la tête de la Ligue des gîtes d'Ilan — des établissements tous déclarés —, en évoquant la longue liste des problèmes qui lui sont liés. Cependant, la concurrence est telle que si l'on veut bien faire, admet-elle, il faut toujours investir plus pour tenter de rentabiliser. L'année dernière, durant une période de 40 jours au moment du fameux Festival des enfants d'Ilan, Shen Fang-lien a réalisé un chiffre d'affaires de 200 000 dollars — une somme qui ne lui a pas permis pas de couvrir les investissements effectués pour mettre sa maison aux normes d'accueil en vigueur . « Si je n'ai pas gagné d'argent, au moins je me suis fait des amis », ajoute-t-elle avec le sourire.

Entre les gîtes, c'est la concurrence. Mais la rivalité commerciale existe aussi avec les hôtels. Bien que celle-ci tourne souvent au profit des premiers. Cela est en effet bien moins coûteux de gérer une maison d'hôtes, reconnaît Shen Fang-lien, en raison des avantages fiscaux offerts et parce que les critères de qualité et de service ne sont pas du tout les mêmes.

Un marché saturé
Quand on voit le rythme auquel les gîtes sont ouverts dans les zones touristiques, on ne peut que s'inquiéter de l'excès de l'offre. Directeur du Centre de supervision de l'industrie hôtelière auprès de l'office du Tourisme, Lin Kun-yuan [林坤源] souligne que le secteur a connu l'année dernière sa plus forte croissance dans les districts d'Ilan, de Hualien et de Nantou. Ce n'est pas pour autant qu'il faut croire que gérer un établissement de ce type est facile, surtout si l'on veut en faire sa principale source de revenus.

« Pour les gîtes aussi, il faut une stratégie. Bien concevoir son activité au départ est tout aussi essentiel que savoir où l'on veut aller ensuite, » note Lin Kun-yuan. Un élément capital est de préserver l'authenticité tout en s'insérant parfaitement dans le cadre naturel ou culturel environnant. Il faut aussi pouvoir jouer sur des différences valorisantes. C'est le genre d'expérience qui a été notamment bien réussie dans le village aborigène de Wutai, situé dans le district de Pingtung. Là, les visiteurs sont reçus dans des maisons d'ardoise construites dans le style traditionnel de la tribu des Rukai. Ils découvrent sur place des poteries, des sculptures ethniques — une autre culture.

L'adaptabilité est une qualité première du propriétaire de gîte. L'un d'entre eux, Chang Li-chen [張麗貞], confie avoir pris des cours pour apprendre à préparer un bon café ou savoir servir le thé selon la tradition. Elle s'est efforcée aussi d'en apprendre le plus possible sur sa région, Ilan. Mais malgré ses efforts, l'affaire périclite, alors qu'elle est une source importante de revenus.

Chang Li-chen estime qu'il était beaucoup plus facile de vivre de cette activité il y a 4 ans quand elle a commencé. Aujourd'hui, il y a 5 fois plus de chambres d'hôtes sur le marché, assure-t-elle, et puis, les nombreux typhons qui sont passés l'année dernière sur l'île ont empêché les touristes de se déplacer. Du coup, elle constate un taux d'occupation qui a chuté de moitié.

Tirer les leçons
Pour d'autres, peu importe la concurrence. Leur gîte est le projet d'une vie. M. Chen a ouvert le sien après sa retraite et le conçoit comme une occasion de se bâtir une nouvelle vie. Il gère son établissement au quotidien, au plus juste mais avec confiance en l'avenir. Son but n'a jamais été de s'enrichir, et le modeste revenu complémentaire que lui fournit cette activité lui suffit.

Peu à peu, les propriétaires de gîtes tirent les leçons de cette expérience. On n'a pas toujours envie de croiser des inconnus dans son salon. Et puis, il y a les restrictions inviduelles. Chiu Fu-mei [邱富美] a joué cartes sur table sur son site Internet : elle ne veut pas que l'on fume ou consomme d'alcool chez elle. Elle a eu une fois un groupe d'étudiants qui ont fait la fête jusque tard dans la nuit. Elle les a persuadés le lendemain d'écourter leur séjour.

Tenant un gîte à Chi-an, dans le district de Hualien, Chen Chung-chun [陳忠群] confie que sa principale préoccupation est la sécurité et le bien-être de ses clients. Il a d'ailleurs une fois eu une expérience désagréable avec un homme qui a loué une chambre au moment du Nouvel An chinois et, s'y est enfermé sans plus donner signe de vie pendant trois jours.

Viser l'international
On peut supposer qu'il faudra tôt ou tard que les gîtes taiwanais regardent du côté de l'international. Pour cela, il ne faut pas essayer de toujours rajouter plus de chambres, mais il est bon de se concentrer sur les clients du week-end, afin de privilégier la qualité du service.

Huang Cheng-tung [黃正棟]dirige le gîte Le Jardin tranquille, à Ilan, qui est destiné à une clientèle haut de gamme. Il pense à développer des alliances ou des partenariats avec des professionnels du tourisme à l'étranger. Quand les gîtes répondent aux règles en vigueur, ils ne peuvent pas travailler avec les tours-opérateurs. Dans son cas, Huang Cheng-tung envisage donc de se promouvoir auprès des particuliers, notamment des Japonais, puisque son établissement a été conçu dans un style qui leur est familier et que lui-même parle parfaitement leur langue. En plus, il adore le golf, un des sports favoris de ses clients nippons, et il projette d'aménager un practice sur un terrain voisin. Les jeunes mariés japonais en lune de miel constituent une autre opportunité commerciale qu'il songe à développer.

L'office du Tourisme met tout en œuvre pour inciter les propriétaires de gîtes à améliorer leurs services, en leur offrant notamment des séminaires pour les informer des règlementations en vigueur, leur apprendre à mieux recevoir les clients et les familiariser avec les tâches quotidiennes qu'il faut assumer dans le courant de leur activité.

Il y a un an et demi, une centaine d'entre eux ont été invités par l'office national du Tourisme à suivre une formation à l'accueil des étrangers. Dans ses représentations en dehors de l'île, l'office a déjà commencé à promouvoir le logement chez l'habitant ici, et cela marche, puisqu'on a constaté une nette augmentation de la fréquentation dans les gîtes ruraux, notamment de voyageurs venus d'Asie du Sud-Est. ■

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